29.01.2009
ESCROC MALHONNETE
Un escroc malhonnête, c’est ainsi que je qualifie le commissaire-priseur P…, en raison de l’argent qu’il avait escroqué aux assurances pour un dommage causé à l’œuvre que j’avais copiée, à sa demande, d’après celle de Lichtenstein et avec l’accord de ce dernier (qui m’avait envoyé, pour l’occasion, ses fameuses trames), et que maître P… avait fait passer pour authentique afin de percevoir une indemnité élevée pour le petit dégât qu’elle avait subi au cours d’une exposition. Alors qu’il se vantait devant moi de cette tricherie, il avait eu le culot d’ajouter qu’il avait partagé la somme avec sa première femme, sous prétexte qu’elle n’avait pas cherché à le ruiner quand ils avaient divorcé. Quand je lui avais fait remarquer n’avoir moi-même touché que le prix qu’il avait bien voulu m’accorder pour cette copie, 3.000 francs, il m’avait répliqué que sans lui « cet objet ne vaudrait rien ». Comme si, en raison de son état d’officier ministériel assermenté, il était le maître de la valeur de toute chose passant par son étude, et jusqu’aux œuvres fausses. Comme s’il pouvait décider, en toute omnipotence, du prix que valait non pas mon travail mais sa commande de mon travail, et que je sois si peu important que je ne puisse mériter mieux que la somme dont il m’avait rémunéré, et qu’il devait récupérer avec une telle amplification que seule sa conscience aurait pu lui en montrer l’injustice. Evidemment, cette conscience en était incapable, puisqu’il l’avait entraînée à se soumettre ou s’occulter quand ses mensonges et ses truquages dressaient devant lui les immenses avantages pécuniaires et de puissance qu’ils lui prodiguaient.
Bien que je n’aie aucune prévention ni contre le vol ni contre l’escroquerie, quand ils sont réalisés par des professionnels dont c’est la raison de vivre, ces genres m’horripilent quand ils sont commis par des gens respectables et honorables, du moins si l’on accorde à ces termes le sens éminemment hypocrite dont ils sont compris dans la société de ceux qui, possesseurs du pouvoir, se croient ceux du droit et s’assoient sur les valeurs qu’ils imposent à ceux qu’ils considèrent comme des inférieurs parce qu’ils n’ont ni fortune ni puissance. Je marque ainsi la différence entre un individu comme ce P…, un monsieur considéré, d’excellente réputation et l’un des hommes les mieux habillés de Paris et moi-même, pauvre énergumène inconnu, qui me ficherait de voler et qui n’aurait éprouvé aucun scrupule à bénéficier pour moitié de cette somme prise aux assurances. J’imagine ce qui me serait arrivé si, au lieu de maître P… ce fut moi qui me serais livré à cette entourloupe et si l’affaire eut été portée à ses oreilles.
Je n’en ai pas fini avec cette profession : pour démontrer combien les commissaires-priseurs débordent les limites imposées par le droit, il suffit de se demander pourquoi, jamais, ils ne sont poursuivis quand ils pratiquent une forme d’enrichissement que la loi leur interdit, en achetant et vendant des objets dans leurs ventes. Tout simplement, bêtement, parce qu’ils n’agissent pas en leur nom propre. Parce qu’ils se servent de prête-noms. D’hommes de paille. Une pratique courante qui, curieusement, n’a jamais fait l’objet d’aucune poursuite, alors qu’elle est de notoriété publique. Publique au point qu’on a vu, jusque sur les écrans de télévision, quelques-uns de ces messieurs se gargariser de leur fortune et exposer à l’admiration des pékins des collections, des pièces rares qu’ils auraient été bien incapables de gagner d’une façon honnête, c’est-à-dire en ne prélevant sur les ventes que le pourcentage autorisé par la loi. Personne ne s’en étonne, et personne ne bronche. Tout le monde continue à les saluer avec déférence et à les respecter de la cravate Hermès aux Church’s.
Prête-nom, j’en parle en connaissance de cause parce que je l’ai été sans le savoir. Je ne m’en suis aperçu qu’au bout de dix ans, par hasard. Ainsi maître P…, toujours lui, qui se prétendait mon meilleur ami, s’était servi de mon nom pour s’enrichir illégalement, et il avait eu le culot de me donner de temps en temps un billet de 500 francs pour, soi-disant, « m’offrir une bouffée d’oxygène » en raison de mes ennuis d’argent. Et dire que je l’en remerciais, alors qu’en réalité c’était l’obole donnée par le Malin pour se déculpabiliser de son forfait.
12:05 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : lichtenstein, commissaire-priseur, art



Commentaires
D'après ce que tu racontes, on ne ferait pas confiance à Maître P. pour lui acheter une voiture d'occasion ! Heureusement pour lui qu'il travaille dans un autre domaine !
Ecrit par : Christelle | 30.01.2009
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